Télécoms écoresponsables : greenwashing ou engagement sincère ?

Camille, le 12 juin 2024 Environnement
Développement durable (éoliennes)

Le secteur des télécommunications, comme beaucoup d’autres, semble enfin pleinement conscient de l’urgence climatique qui se dresse devant nous. Face à l’aggravation indiscutable des perturbations planétaires, les opérateurs se mobilisent activement, multipliant les initiatives en faveur d’un numérique plus respectueux de l’environnement.

Comme on peut le lire sur le site de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), le secteur en fait même une de ses priorités : « Depuis 2020, sous l’impulsion de l’Arcep, les régulateurs européens des télécoms, réunis au sein du BEREC, ont intégré les enjeux liés à l’empreinte environnementale du numérique dans sa stratégie 2021-2025. Le groupe de travail  « Sustainability » […] se donne pour objectif de susciter la prise de conscience chez les régulateurs européens, développer leur expertise concernant l’impact environnemental du numérique ».

Leur promesse :  réduire drastiquement l’impact environnemental des réseaux télécoms sur notre planète. Des engagements méritoires, mais que l’on est en droit de questionner. S’agit-il véritablement d’une prise de conscience environnementale sincère et profonde, ou simplement d’une opération de communication habile visant à redorer leur image auprès d’un public de plus en plus soucieux de ces questions ? Une interrogation complètement légitime au vu de l’histoire des entreprises et des industries qui firent souvent usage de l’environnement comme un vulgaire outil marketing.

Vers une sobriété énergétique des réseaux : une nécessité impérieuse

La quête de sobriété énergétique s’impose désormais comme un enjeu primordial pour les opérateurs. L’enquête annuelle 2023 de l’Arcep « Pour un numérique soutenable » l’affirme : « La consommation énergétique des réseaux fixes et mobiles atteint 3,9 TWh [NDLR : sur le territoire français] en 2021. Depuis 2016, elle ne cesse de progresser, à un rythme annuel moyen de + 5 % (à l’exception de l’année 2018 où la croissance avait été particulièrement élevée) ». Les émissions de gaz à effet de serre des quatre principaux opérateurs français ont, elles aussi, augmenté (Voir graphique ci-dessous) de 3 % en 2021, tant pour les émissions directes (scope 1, +4 %) que les émissions indirectes liées à la consommation d’électricité (scope 2, +2 %).

Graph Arcep émissions GES
Émissions de gaz à effet de serre des quatre principaux opérateurs français (2017-2021) © Arcep

Même si nous sommes très loin des émissions des secteurs les plus polluants comme le transport (premier émetteur de GES en France avec 32 % des émissions totales en 2022) ou l’agriculture (19 % des émissions de GES en 2022), les opérateurs prennent tout de même les devants.

La 5G a été, ces dernières années, l’une des initiatives les plus importantes pour les opérateurs français. Comparativement aux précédentes générations, elle a été conçue pour être plus efficace énergétiquement que les générations précédentes, par unité de donnée transférée. Cependant, l’envers de cette médaille réside dans le déploiement même de ces réseaux, nécessitant l’installation d’équipements flambant neufs, générant donc un impact environnemental non négligeable. Pour pallier ce problème, les opérateurs ont rajouté dans leur arsenal opérationnel une toute nouvelle panoplie d’outils high tech.

Le déploiement de stations de base nouvelle génération (NR) pour le support de la 5G, moins énergivores comparé aux stations 4G pour des usages similaires, est un très bon exemple. Orange en a déployé plus de 25 000 dans l’Hexagone depuis 2020. La fibre optique est également un levier très efficace : un débit de données très élevé pour une faible consommation d’énergie. SFR s’est donné comme objectif de relier 90 % des foyers français à la fibre d’ici 2025 comme on peut le lire sur ce rapport.

Une technologie bien plus récente, l’intelligence artificielle, est aussi au cœur de cette grande mutation. D’après les concernés, l’IA permet d’optimiser le trafic réseau en temps réel, en dirigeant les données vers les chemins les plus efficaces et en réduisant la congestion. Des opérateurs comme Bouygues ou Ericsson s’en sont déjà emparé pour ces raisons, mais également pour réduire la consommation énergétique de leurs réseaux.

IA
Les algorithmes d’IA sont des outils de choix pour améliorer l’efficacité énergétique des réseaux télécoms © Steve Johnson / Unsplash

Un autre exemple, un peu plus particulier, est celui des sites mobiles alimentés par hydrogène vert de Bouygues Telecom. Une initiative démarrée en 2022, en partenariat avec l’entreprise PowiDIan qui pourrait réduire de 70 % les émissions de gaz à effet de serre des sites concernés, selon le communiqué de presse officiel de Bouygues.

Au-delà de la réduction de leur empreinte énergétique, les opérateurs télécom se doivent par ailleurs d’adopter une approche plus durable quant à la gestion de leurs équipements et déchets. Une nouvelle stratégie essentielle pour atteindre leurs objectifs environnementaux.

Recycler et réutiliser : une double nécessité pour une gestion durable des déchets

La question brûlante de la pollution par déchets électroniques, qui s’aggrave d’année en année, est aussi un des nouveaux leviers d’action des opérateurs. C’est pourquoi la plupart d’entre eux ont mis en place des programmes de recyclage, permettant aux consommateurs de se défaire aisément de leurs anciens téléphones portables, tablettes et autres appareils électroniques. En France, les opérateurs, fédérés au sein de la Fédération Française des Télécoms (FFT), se sont engagés à augmenter le nombre de téléphones mobiles collectés pour recyclage d’ici 2025.

Pour que les personnes franchissent le pas, de nombreuses méthodes de collecte existent et tous les opérateurs jouent le jeu. La FFT a même mis à disposition un guide complet pour faciliter les initiatives personnelles et éviter que téléphones ou tablettes usagers traînent dans les tiroirs.

Orange par exemple, a développé sa propre filière de recyclage, un des quatre piliers de son programme RE (réparation, reconditionné, reprise, recyclage). Soit l’usager passe en boutique et dépose son mobile dans un collecteur spécifique, soit il l’envoie par la Poste. Bouygues Telecom a mis également en place un programme s’en rapprochant, pour inciter les personnes à recycler leurs anciens appareils. Du côté de SFR, c’est un peu différent, mais l’opérateur a conçu un système de reprise, qui permet au client de vendre son ancien mobile et de profiter d’une remise sur l’achat d’un nouvel appareil. Des événements de collecte solidaires existent par ailleurs dans certaines grandes villes comme à Lyon ou à Paris avec l’entreprise Ecosystem.

Autre alternative au recyclage : le reconditionnement. Plusieurs opérateurs, dont Bouygues (Solutions smartphone durable) et SFR (SFR Green) propose ainsi un service de collecte et de reconditionnement de téléphones usagés. Les appareils rénovés sont ensuite revendus sur leurs propres sites internet. Ces initiatives ont un réel impact sur le marché français si l’on en croit les chiffres de l’ADEME (voire infographie ci-dessous). En 2020, ce sont 2,8 millions de smartphones reconditionnés qui ont été vendus sur le sol français. Une économie de 229 000 tonnes de matières premières et 70 000 tonnes de CO2 en moins dans l’atmosphère.

Infographie ADEME
© ADEME

Les opérateurs télécom semblent bien avoir pris la pleine mesure des enjeux environnementaux auxquels ils sont aujourd’hui confrontés. Leur mobilisation croissante en faveur d’un numérique plus sobre et durable constitue un signal encourageant et une forme de rupture avec les pratiques du passé. Les initiatives en ce sens se sont multipliées sur les dix dernières années, aucun doute là-dessus. Néanmoins, ce qui marquera une réelle différence entre le greenwashing, ponctué de discours enthousiastes et de jolis chiffres exposés publiquement, et l’implication sincère est la concrétisation de ces engagements sur le long terme. C’est sur ce point précis que se mesurera l’honnêteté de cette prise de conscience environnementale. Même si les opérateurs ne pourront jamais vraiment être considérés comme des acteurs écoresponsables au premier sens du terme, ils peuvent néanmoins prouver qu’ils prennent véritablement à cœur les enjeux écologiques de notre époque.

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Camille
Tombé assez tôt dans la marmite des lettres et de la tech, mes premiers amours ont été naturellement les livres et jeux vidéo. Vingt ans après, j'ai décidé de me diriger vers ce que je sais faire de mieux : faire parler ma plume. Sciences, IA, hardware, software et robotique ne sont qu'un petit aperçu des sujets qui me font quotidiennement vibrer.
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